93% de communication non verbale : et si c’était faux ?

93% de communication non verbale : et si c’était faux ?

Tout est communication. Tout passe par le langage. Les mots véhiculent nos pensées et nos croyances. Nous autres coachs professionnels savons combien le langage est le ciment de la relation, et le principal outil pour décoder les croyances limitantes de nos clients, les aider à en prendre conscience et à ne plus s’y laisser enfermer. Les mots traduisent nos intentions et constituent le sel de la communication avec autrui. « On ne peut pas ne pas communiquer», certifiait l'école de Palo Alto, portée par Paul Watzlawick (Une logique de communication).

Autant vous dire que dans mon métier, le coaching en  communication et la prise de parole en public, le langage est au cœur de tout. C’est avec les mots que j’aide mes clients à construire de bons pitchs. C’est encore avec les mots qu’ils s’expriment à l’oral pour communiquer leurs idées et leurs émotions à leur public. C’est toujours avec les mots que je les aide à décoder leurs croyances limitantes qui sont autant de sources de stress et de manque de confiance en eux. Pour moi, les mots sont la Mecque du coaching et de la communication, donc a fortiori du coaching en communication. Et pourtant, j’ai appris dans mes cours de coaching, sans doute comme vous, que les mots n’étaient finalement pas le plus important dans une communication. J’ai lu que 93% de la communication passait par du non verbal ou du para-verbal. De quoi me rendre perplexe dans ma pratique, et me donner envie de creuser la question…

La règle des « 7-38-55 » d’Albert Mehrabian 

Arrêtons-nous quelques instants sur ce chiffre : 93%. D’après la théorie d’Albert Mehrabian, psychologue et professeur de psychologie à l’université de Californie, la communication verbale ne représenterait qu’une infime partie de nos échanges, soit 7% seulement. Cette idée, fréquemment reprise en coaching, s’appuie sur la règle des « 7-38-55 » :

  • 7% de communication verbale (= mots et idées contenus dans le discours)
  • 38% de communication para verbale (= intonation, rythme et volume de la voix)
  • 55% de non-verbal lié au langage corporel (= posture, gestes, visage, respiration)

 Cette règle tend à prouver qu’une grande partie de ce que nous communiquons ne passe pas par les mots mais par une communication non verbale.

Le verbal et le para-verbal au cœur du coaching en communication

Cette règle des « 7-38-55 » m’interpelle et questionne mon métier de coach en communication. Je forme des décideurs, des managers et des cadres en entreprises pour les aider à construire de bons pitchs et à améliorer leurs prises de parole en public. Je les coache également sur la gestion de stress et la confiance en soi pour les amener vers une communication authentique, sereine et empathique. Je m’appuie sur mes vingt ans d’expérience en communication d’entreprise, mais aussi et surtout sur des techniques de coaching pointues qui me permettent de guider mes clients et de les amener à trouver la bonne posture en tant que communicant et orateur. Il ne s’agit pas d’une formation mais bien d’un coaching, j’en ai d’ailleurs fait mon sujet de mémoire chez Linkup Coaching en 2020 : « Coaching en communication : de l’art du pitch à la confiance en soi ».

L’objectif de la prise de parole en public est d’établir le contact avec un ensemble de personnes et de créer un lien suffisamment fort pour faire passer une idée. Au cours de cette communication, il est vrai que l’orateur utilise une communication verbale (les mots), non verbale (le langage corporel) et para-verbale (la voix). Avec une interprétation stricte de la règle de Merhabian, le para verbal et le non verbal deviennent les piliers d’un coaching en prise de parole en public. Le coaching en communication viserait ainsi principalement à améliorer le langage corporel (55%) et à travailler la voix (38%). Les orateurs devraient donc porter l’essentiel de leur attention sur leur présence devant un auditoire et leur éloquence plutôt que sur le contenu de leur exposé.

Coaching de prise de parole en public : le fond et la forme comptent !

Si les mots ne comptent presque pas, alors il suffit pour moi d’aider mes clients  à bien bouger, à poser leur voix et à fluidifier leur gestuelle, pour réussir leur prise de parole en public. Autant suivre une formation avec un professeur de théâtre, pour apprendre à faire l’acteur et le tour est joué ! Après tout, ne voit-on pas se développer le phénomène à la mode des « concours d’éloquence » faisant la part belle à la forme plutôt qu’au fond ? Comme dirait Cyrano de Bergerac, c’est un peu court, jeune homme ! Je ne dis pas que les techniques de théâtre sont inutiles, bien au contraire, je les utilise dans mes coachings et elles m’aident à travailler sur la gestuelle, les déplacements et la voix de mes candidats à la prise de parole en public. Je dis simplement que cela ne suffit pas. Je dis simplement qu’un bon orateur est un communicant à 360°, capable d’allier l’intelligence du fond et de la forme, de créer de l’empathie et de choisir les bons mots pour convaincre et rallier son public.

Et si nous nous étions tous trompés ?

Pour moi, la communication est d’abord un travail sur le fond du discours, puis sur sa forme. Les mots utilisés dans la communication ont pour moi toute leur importance et la construction d’un bon discours passe d’abord et avant tout par le contenu qu’il véhicule. Comment le fond du discours pourrait-il être responsable de seulement 7% du résultat de l’échange ? Gênée par cette contradiction, j’ai cherché à creuser un peu cette étude. Et si ce chiffre était faux ? Et si ce qu’on prenait comme acquis n’était qu’une interprétation erronée ? J’ai trouvé ma réponse et je vais vous la partager.

A vrai dire, je ne suis pas la seule à m’être interrogée sur cette règle des 7-38-55 : dans ses travaux, Yves-Alexandre Thalmann*, professeur de psychologie au collège Saint-Michel et collaborateur scientifique à l’université de Fribourg en Suisse, pose cette question : si 93% de la communication ne passe pas par les mots, est-ce à dire que toute communication dans une autre langue serait compréhensible par quelqu’un qui écoute sans en comprendre le sens ?

Selon Thalmann, la règle 7-38-55 du Professeur Mehrabian aurait été mal utilisée et surtout mal comprise. Albert Mehrabian est lui-même revenu sur cette mauvaise interprétation de son étude pour en clarifier le sens et la portée** : les deux études réalisées en 1967 consistaient en effet à demander aux participants d’évaluer l’impact émotionnel de certains mots simples selon leur sens et le ton de la voix utilisée pour les prononcer. La règle des 7-38-55 qui en a résulté portait donc précisément sur la communication d’émotions positives et négatives et leur impact sur l’interlocuteur. Les résultats, précisés ici en tenant compte des émotions étaient les suivants :

  • 7% de l’appréciation était lié au sens du mot
  • 38% à la voix
  • 55% à l’expression faciale utilisée pour prononcer le mot.

L’auteur précise que cette étude visait à évaluer l’importance du non verbal dans une communication des sentiments et non dans une communication au sens large :

« A moins qu’une personne ne parle de ses sentiments ou de ses états d’esprit, ces équations ne sont pas applicables ». De quoi établir des limites claires à la règle des 7-38-55 et redonner du sens et de la valeur aux mots et au fond du discours ! Le contenu demeure « roi », et je n’ai pas passé des années inutiles à finaliser une méthodologie de construction des discours et de prise de parole en public…

 Comment faire un bon usage de la règle de Mehrabian ?

En résumé, il me semble que la règle de Mehrabian conserve selon moi tout son intérêt pour le coach en communication dans les deux situations suivantes : tout d’abord, lorsque le client maîtrise déjà son discours sur le fond mais souhaite améliorer sa posture et sa gestuelle lors d’une prise de parole en public. Quelle que soit la qualité et la pertinence d’un discours, si le ton est monocorde et la posture figée, il est fort probable que le message ne passe pas et que l’orateur « n’emporte » pas les foules. C’est ce qui m’a amené à développer le concept des « 3 niveaux de pitchs ». Ensuite, lorsque le client souhaite faire une première impression : avant même de parler, il se passe quelque chose d’indicible, de l’ordre du non verbal (posture, gestuelle, expression faciale) entre l’orateur et son public. C’est le cas lors d’un entretien d’embauche par exemple, lorsque le candidat souhaite faire immédiatement bonne impression auprès d’un potentiel futur employeur. Le para verbal et le non verbal sont donc les éléments majeurs à prendre compte dans un coaching de prise de parole en public. Le coach en communication sera d’autant plus pertinent s’il garde en tête les apports et les limites de la théorie de Mehrabian.

Vakog, calibration et synchronisation

Cette exploration de l’importance du verbal et du para-verbal dans le coaching en communication m’a permis d’ajuster ma posture de coach en communication et de faire un usage éclairé du Vakog, de la calibration et de la synchronisation, des outils qui placent le langage au centre. La calibration permet au coach en communication d’observer le comportement de son client puis de se synchroniser en repérant chez son client les canaux de communication les plus sollicités. Pour aller plus loin sur ce sujet, je vous invite à lire mon autre article « Calibration, synchronisation et usage du vakog dans un coaching prise de parole en public ».

 

* Article paru dans Cerveau & Psycho de juin 2020 « 90% de ce que vous dites, du langage corporel ? »

** A lire sur le site d’Albert Mehrabian : www.kaaj.com/psych/smorder.html

Coach certifiée RNCP niv.7 et formatrice de coachs dans son domaine de spécialisation : la communication, la prise de parole en public, la gestion du stress et la confiance en soi.
Formée à Sciences Po et au CELSA Sorbonne. 20 ans d’expérience dans le conseil en communication. Entrepreneure dans l’âme, elle a créé l’agence WebRédacteurs en 2000 et le Cabinet BLEAU COACHING en 2020, spécialisé dans le coaching de la communication et le développement des potentiels et hauts potentiels. #coaching #communication #artdupitch #confianceensoi #gestiondustress #changement
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