Actualités du coaching

Les cinq rivières de la créativité : une autre façon de penser l’innovation

Changez, Innovez, transformez, disruptez ! Face à la pensée dominante et stérile de l’innovation, le métier du coaching peut prendre toute la place qu’il mérite dans ce domaine, en adoptant un point de vue plus systémique et en même temps plus pratique.


Changez, innovez, transformez, disruptez : tels semblent être les mots d’ordre des entreprises à l’heure actuelle. Avec cette peur qui commence à s’insinuer de plus en plus dans les esprits, que si l’on ne change pas, on est voué à disparaître. L’innovation devient une obligation vitale décrétée. Transformer ou cesser d’exister, innover ou mourir : voilà tout l’enjeu du dilemme qui nous est proposé.

Entre culpabilité et mise en cause de sa responsabilité, le dirigeant ou le manager se voit dans l’injonction de trouver la bonne idée ou plutôt la nouvelle idée et le nouveau modèle économique de son marché. Loin de nous l’idée d’un statu quo ou pire d’un retour en arrière. Mais ce n’est pas parce que certaines choses changent dans nos usages quotidiens, que ce soit dans le monde du travail ou dans la sphère privée, qu’il faut adhérer sans recul critique à ce qui commence à devenir une véritable « religion de l’innovation »_ pour reprendre l’heureuse expression de Chloé Bonnet.

Car derrière tous ces amalgames et toutes ces injonctions, se cristallisent les trois grands pièges de l’innovation actuelle :

  1. il n’y aurait qu’une seule manière d’innover : celle de la disruption ;
  2. la quête du nouveau moyen technologique est considérée comme le Saint Graal au détriment du sens et de la finalité de l’innovation ;
  3. l’humain doit s’adapter à ces nouvelles contraintes.

Or, si le métier du coaching veut prendre la place qu’il mérite dans ce domaine, il s’agirait d’adopter un point de vue plus englobant, systémique et en même temps plus pratique.

C’est ainsi que pour renverser cette vision qui tend à s’établir, la métaphore japonaise des « cinq rivières de la créativité » se déversant dans « la mer de la fertilité » peut nous être utile à changer de cadre de pensée dominant afin de voir ce qui est déjà là, devant nous, avant d’entreprendre une création ex-nihilo.

Les cinq rivières sont les suivantes :

  1. l’alternative ;
  2. le mimétisme ;
  3. la sérendipité ;
  4. l’intégration ;
  5. l’association.

Cette représentation, qui n’est pas statique ni figée car une innovation peut recourir à plusieurs rivières ou affluents bien évidemment, nous permet d’entrevoir directement qu’il ne saurait y avoir une seule et unique manière d’innover. Il nous permet également de situer certaines entreprises innovantes sur le marché.

Les banques en ligne comme Quonto sont une alternative à la banque traditionnelle. Le mimétisme est une technique fortement employé en biomimétisme. On s’inspire de la nature pour créer des outils plus performants, comme le TGV japonais Shinkansen, dont l’avant en pointe fine permettant de limiter le bruit lors de la traversée de tunnels, est directement inspiré du martin-pêcheur qui traverse l’eau grâce à son long bec pointu.

La sérendipité est elle aussi au cœur de bon nombre d’innovations. Instagram était au départ une plateforme dédiée à la géolocalisation et ce sont les utilisateurs de la plateforme qui ont développé et montré à ses créateurs son usage : le partage de photos.

L’intégration est aussi une source d’innovation inépuisable. La technologie développée par Gore a trouvé un marché immense lorsqu’elle a intégré son produit dans le textile. Et l’association a été peut-être à la source de la plus grande innovation du 20 ème siècle, quand Apple a décidé de fusionner dans un même objet les fonctions du téléphone avec celles de l’ordinateur.

Nous voyons aussi avec ces exemples, qu’en plus de la diversité des approches innovantes, les moyens technologiques doivent être pensés à l’intérieur d’un sens plus global et d’une finalité plus englobante. En ce sens, le travail du coach permet de prendre du recul à son client afin d’envisager son produit de façon plus large. Le marché de son innovation n’est pas forcément là où il le pense, comme avec Instagram. Nous en revenons toujours aux fondamentaux du coaching que sont l’ouverture du champ des possibles et la prise de conscience de l’écart représentationnel entre la carte et le territoire. Mais, plus que jamais, surtout dans ce domaine très actuel de l’innovation et de la transformation digitale des entreprises, il convient de prendre de la distance avec le sujet. Il s’agit pour le futur coach d’être vigilant quant aux termes et jargons employés dans ce milieu afin de décoder ce qui pourrait entraver la libération de la véritable parole créatrice de son client, seule à même d’aboutir à une innovation ou une transformation réfléchie autant qu’efficace.

Enfin, l’humain a toute sa place dans le processus de l’innovation au sens où il est à la fois l’acteur et le consommateur des futurs produits. Il n’a pas à subir les décisions souveraines de quelques géants du web. L’innovation est l’occasion de redonner du poids à la puissance d’agir de l’homme. Chaque entreprise devrait regarder en son sein tous les futurs intra-preneurs qui ont des idées concrètes pour développer la société. Les entreprises ont parfois sous leurs yeux leur futur modèle économique et ne le voient pas. Tout l’art du coaching serait ainsi de faire voir et de révéler ce qui était justement trop présent et rendu invisible par la même occasion.

Pour conclure, nous voyons que le côté disruptif de certaines innovations est en réalité le plus souvent le fruit d’une décision économique voire politique plutôt que propre à l’innovation proprement dit. Uber et Spotify sont apparus comme des modèles alternatifs aux structures intermédiaires alors en place, les compagnies de taxi ou les maisons de disque, qui séparaient le consommateur du producteur. Mais ironie de l’histoire, ces soit-disant disrupteurs voulant casser les intermédiaires deviennent à leur tour des intermédiaires incontournables du marché. A quand leur chute, à en croire leur propre système de valeurs finalement ?

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