La tribune

Interview – Devenir coach interne ou, comment accompagner les développements professionnels depuis l’intérieur de l’entreprise

Sociologue et coache certifiée, avec plus de 25 ans en entreprise,  Gaëlle Le Buzullier a aujourd’hui plusieurs casquettes. Elle partage son temps professionnel en pilotant des projets SI innovants, et en participant notamment, au réseau des coachs internes de son entreprise. 


Béatrice Girard : Après 25 ans dans la même entreprise, pourquoi avez-vous décidé de vous former au coaching ?

Gaëlle Le Buzullier : Je pense que le véritable déclencheur vient de mon histoire familiale. J’ai dû revoir mes priorités suite à la maladie d’un de mes proches. Cela m’a pris quelques années pour retrouver un véritable équilibre. J’ai alors, eu envie de renouer avec les sciences de l’humain tout en faisant de mon parcours de résilience personnelle et professionnelle, un socle sur lequel appuyer mon évolution professionnelle et mon engagement. Me former au coaching est ainsi, devenu une évidence.

 

BG : Pourquoi avoir intégré le réseau des coachs internes de votre entreprise ?

GLB : J’aime le métier que j’exerce dans les projets SI innovants. J’aime également accompagner les transitions professionnelles. En devenant coache interne, je peux mener les deux de front. Exercer des activités qui s’enrichissent l’une l’autre, et me permettent d’exprimer plusieurs facettes de ma personnalité est une chance.  J’en suis très reconnaissante.

 

BG : Comment devient-on coach interne ?

GLB : Cela dépend sans doute des entreprises. Dans la mienne, il n’existe pas de postes de coachs à proprement parler. Les coachs du réseau consacrent entre 10 et 20% de leur temps professionnel à l’accompagnement.

Pour intégrer ce réseau il faut être certifié et que l’entreprise aie des besoins: J’ai, par exemple, du attendre un moment avant que des opportunités se présentent dans ma région.

Une fois admis dans le réseau, il y a tout un parcours à suivre pour être référencé :  rapports de coaching, supervision, échanges entre pairs, mentoring, formations, séminaires, mémoire, soutenance etc..…

 

BG : Pouvez-vous nous donner une petite idée des demandes qui sont faites aux coachs internes ?

GLB : Je n’ai pas encore de vision exhaustive des accompagnements faits par le réseau. Mais les coachs internes peuvent par exemple, être sollicités pour accompagner des dirigeants d’unité opérationnelles dans leur efficacité managériale, travailler avec des collaborateurs qui suivent une formation interne pour devenir cadre ou encore accompagner les préoccupations ou les projets des managers qui prennent un nouveau poste

 

BG : En quoi votre formation vous est-elle particulièrement utile pour répondre à ce type de demande ?

GLB :  Il n’y a pas un point particulier de la formation qui me sert plus qu’un autre. C’est plutôt une question de posture globaled’éthique personnelle et de déontologie professionnelle. C’est une réflexion que j’ai amorcé  lors de ma formation de coach consultant Linkup Coaching, qui se construit au moment de la rédaction du mémoire de certification et qui se poursuit ensuite, j’ai envie de dire, durant toute sa vie professionnelle de coach.

 

 BG : Vous parlez d’éthique ou de déontologie, y-a-t-il des questions qui sont spécifiques aux coachs internes ?

 GLB : Un article ne suffirait pas pour en parler ! Mais je citerai volontiers:

  • la confidentialité – il faut être très clair, tout en ayant réfléchi aux cas où on pourrait sortir de sa réserve, pour du harcèlement, par exemple – ;
  • la frontière entre ses différents rôles dans l’entreprise, qui peut vite devenir floue ;
  • ou encore sa neutralité et son extériorité cognitive, qui supposent d’analyser avec clairvoyance ses propres « angles morts» ainsi que ceux de l’organisation.

Heureusement, le réseau et les superviseurs externes sont là pour nous accompagner.

 

BG : Face à la crise actuelle, pensez-vous que le réseau interne soit un atout pour votre entreprise ?  

GLB : Oui, je le crois. Il nous a par exemple, permis de nous adapter aux besoins en temps réel : je pense notamment aux offres de flash-coachings ou de e-codevs  qui ont pu être proposées par les coachs volontaires du réseau, dès la première semaine de confinement, et à destination de ceux qui en éprouvaient le besoin dans toute l’entreprise; une suite est également en préparation pour nous permettre d’accompagner les managers et leurs équipes afin de faciliter la reprise.

17 pensées sur “Interview – Devenir coach interne ou, comment accompagner les développements professionnels depuis l’intérieur de l’entreprise

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    23 avril 2020 à 12 h 03 min
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    Trés bel article , trés fluide ….effectivement l’éthique et la déontologie sont toujours indispensables , et font partie de notre métier de coach , mais là en tant que coach interne en entreprise , il y est plus que jamais fort …
    Quand les entreprises auront compris qu’un coach en interne, aux cotés de la DRH et du dirigeants sont essentiels, il y aura un grand pas d’effectuer dans le monde des entreprises pour replacer l’humain au centre ….

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    • Gaelle Le Buzullier
      28 avril 2020 à 21 h 44 min
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      Merci Geraldine
      Gaëlle
      DiomedeCoaching

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  • Avatar
    27 avril 2020 à 14 h 56 min
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    Bonjour à vous,
    Votre article est très intéressant, je suis en reconversion professionnelle pour devenir coach consultant certifié. Je souhaite dans un projet futur, proposer à mon entreprise qui est en pleine transformation du fait de l’évolution de l’audiovisuel, vers le numérique. Une possibilité d’accompagnement du personnel qui va devoir suivre des formations pour entrer dans les nouveaux métiers et donc changer de paradigme. Comment rester sur la ligne droite, quand vous parler de frontière, de rôles ? Comment être clair dans l’accompagnement ?
    Merci de votre réponse.
    Marg

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    • Gaelle Le Buzullier
      27 avril 2020 à 16 h 06 min
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      Bonjour Marg
      Il n’existe pas de recette miracle. A chaque accompagnement, il y a un travail qui est fait via des rapports de coaching et qui permet de repérer les moments d’ambiguité pour mieux les mettre à distance. La supervision est essentielle aussi pour tout ce qui concerne l’exteriorite cognitive . Le parcours qu’il est nécessaire de suivre avant d ‘être référencé sert aussi à cela, en permettant de construire sa posture.
      Mais surtout, je travaille dans un très grand groupe et tout est fait pour que les coachs internes interviennent en dehors de leur périmètre et qu’ils ne soient pas amenés à accompagner des personnes avec lesquelles ils travaillent ou risquent de travailler par ailleurs.
      Enfin, j’ai fondé #DiomedeCoaching pour pouvoir mener des accompagnements à titre privé, ce qui me permet de renouveler en permanence ma vision du monde professionnel sans la limiter au groupe auquel j’appartiens.
      Gaëlle
      #DiomedeCoaching

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  • Avatar
    27 avril 2020 à 15 h 02 min
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    bonjour à vous,
    Merci pour cet autre regard sur le coaching. Je m’interroge sur le concept de flash-coaching dont il est fait référence dans l’article.. En quoi cela consiste t’il ? Le coach connaît-il déjà le client en question? Dans quel contexte est-il entrepris?
    Bonne continuation

    Natacha

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    • Gaelle Le Buzullier
      27 avril 2020 à 16 h 05 min
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      Bonjour Natacha,
      Dans le cadre de la crise du Corona, il est proposé, à côté des Coachings traditionnels, à ceux qui en ont besoin, de pouvoir bénéficier rapidement d’une séance unique d’1h ou plus. Cela permet par ex de clarifier une question, une croyance ou une préoccupation. Cela ne remplace pas un véritable coaching. Mais c’est une façon d’offrir une écoute chaleureuse empathique et active en particulier aux personnels sur le terrain qui doivent gérer des situations complexes pour eux ou leurs équipes.
      Gaëlle
      #DiomedeCoaching

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  • Avatar
    27 avril 2020 à 18 h 20 min
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    Bonjour Gaëlle,
    Je me retrouve dans votre parcours et dans l’interview que vous nous accordez.
    Un accompagnement s’inscrivant dans une histoire familiale, une nécessité de me recentrer sur l’humain, une évidence: le coaching… il y a encore la supervision, essentielle à mon sens à l’extériorité… L’envie d’entreprendre mais également l’envie d’inscrire le coaching en interne dans l’entreprise… hâte d’y retourner…
    Merci Beaucoup,
    Bien à vous,
    Christophe

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    • Gaelle Le Buzullier
      28 avril 2020 à 21 h 45 min
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      Merci Christophe
      Gaëlle
      DiomedeCoaching

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  • Avatar
    28 avril 2020 à 7 h 55 min
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    Bonjour Gaelle,
    Un grand merci pour ce partage d’expérience.
    Je poursuis actuellement la formation Linkup pour être certifiée en Juin et parallèlement à cela, je suis salariée dans une entreprise qui a déjà fait appel à des coachs externes mais jamais en interne. Votre expérience m’intéresse. Selon vous, comment proposer une offre de coaching interne? avez vous des recommandations à faire dans le cas où on est déjà salarié?
    Merci d’avance pour votre retour

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    • Gaelle Le Buzullier
      28 avril 2020 à 21 h 38 min
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      Bonjour Caroline
      La réponse dépend surtout du contexte de votre entreprise. Je ne sais pas si en étant la seule coache interne vous auriez suffisamment de marge de manœuvre. Il serait sans doute important de commencer par réfléchir à la façon dont vous pourriez disposer des moyens nécessaires pour garantir votre professionnalisme: échanges entre pairs, supervision, formation etc… ou pour légitimer votre posture, garantir à vos clients internes la confidentialité ou encore votre déontologie , votre extériorité cognitive ou votre neutralité…
      Gaëlle
      DiomedeCoaching

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  • Avatar
    28 avril 2020 à 22 h 58 min
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    Bonsoir,
    merci pour votre article ! Je rédige actuellement mon mémoire Linkup sur la thématique du coaching interne. J’ai notamment fait un petit focus sur l’intérêt d’avoir à disposition pour une entreprise des coach internes dans le cadre d’une situation telle que celle que nous vivons actuellement.
    Pourriez-vous m’en dire un peu plus sur ce que vous envisagez en terme d’action dans le cadre de la reprise ?
    merci d’avance et bonne soirée.
    Carine

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  • Avatar
    6 mai 2020 à 23 h 26 min
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    Bonjour Gaëlle,
    Je vous remercie pour ce partage qui fait écho à celui d’un coach interne d’un grand groupe de télécoms, avec qui je suis régulièrement en relation dans un réseau d’entrepreneurs. Avant de le rencontrer et de le cotoyer, je m’interrogeais sur la capacité d’un coach interne à garder sa neutralité dans un environnement sollicitant.
    Votre témoignage rejoint et renforce les siens: oui le coaching interne dans le respect de l’éthique et de la déontologie est possible ! Il dépend bien évidemment du coach, mais également de l’organisation au sein de laquelle ce dernier travaille, ce que vous ssoulignez.
    Bien à vous
    Flavien

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    24 mai 2020 à 17 h 41 min
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    Bonjour,
    Votre message est très instructif, un partage riche d’expérience. Néanmoins je m’interroge sur la réelle neutralité du coach salarié de l’entreprise. Son rapport aux autres salariés et sa conduite du changement ne peuvent être neutre pour répondre à la déontologie de la profession. Certes le coach-salarié a un rapport particulier avec l’entreprise mais celui-ci peut très facilement être assimilé à un personnel « de direction » mettant le salarié-coaché dans un position de retrait, de retenue d’où un résultat au bénéfice de l’entreprise et non, comme le veut l’éthique de la profession, au bénéfice du coaché.
    Qu’en pensez-vous ?
    Cdlt.
    V.G
    #orientationcoaching

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    • Gaëlle Le Buzullier
      18 juin 2020 à 4 h 37 min
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      Bonjour,
      Dans le réseau auquel j’appartiens, nous travaillons en permanence sur la question de notre neutralité. Interne ou externe, la neutralité n’existe pas sans un travail approfondi sur soi. Nous travaillons sur nos « angles morts » à la fois entre pairs, avec des mentors, et avec des superviseurs externes. Il y a également un travail de fond qui est fait sur le format des contrats tripartites par exemple, ou sur notre posture tant vis à vis du commanditaire que du coaché qui est LE bénéficiaire du coaching. La question de la posture du coach par rapport au « bénéfice » de l’entreprise est très bien analysée par Helene Macaire dans son article de la revue européenne (https://revue-europeenne-coaching.com/numeros/n6-mai-2018/ecoute-active-critiques-adressees-coaching ). Elle fait l’objet d’un travail régulier au sein du réseau qui nous permet d’interroger régulièrement notre neutralité et notre extériorité cognitive. A contrario, croire que le simple fait d’etre un coach externe suffirait à garantir la neutralité serait un leurre. La question de la posture du coach en entreprise est une question fondamentale qui doit être travaillée et en particulier en supervision, pour tout coach intervenant en entreprise interne comme externe.
      Gaëlle Le Buzullier
      #Diomede Coaching

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  • Avatar
    29 juin 2020 à 20 h 01 min
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    Individuel ou d’équipe, en entreprise étant externe ou interne, l’externalité cognitive et la neutralité restent pour moi les compétences les plus difficiles à maîtriser. J’aime beaucoup l’expression « analyser ses propres angles morts ».
    Le coach interne à pour grand avantage de faire connaître la discipline. Très peu connue dans mon entreprise, un grand groupe international.

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    • Gaëlle Le Buzullier (auteur)
      18 juillet 2020 à 10 h 32 min
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      Parmi les coachs qui participent au groupe d’échange entre pairs que j’ai fondé, nous parlons beaucoup de cet aspect du métier de coachs qui, paradoxalement, est souvent plus conscient chez les coachs internes que les coachs dits « externes ». Je suis sociologue de formation et au delà du travail individuel à caractère plus subjectif qui est indispensable, je considère qu’il est également essentiel de travailler à la déconstruction de ses appartenances sociales et des biais de toutes sortes qu’elles peuvent induire: biais cognitifs, biais dans l’interaction coach/coaché, etc…
      c’est de tout cela dont il s’agit quand je parle d’angles morts.

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