Coaching et flexibilité intellectuelle Entre Intelligences multiples et environnement V.U.C.A 3/5

Coaching et flexibilité intellectuelle Entre Intelligences multiples et environnement V.U.C.A 3/5

Nous l’avons montré avec l’article précédent, le coaching est porteur de dynamiques de changements chez un individu. Ces différentes dynamiques développent la flexibilité intellectuelle de l’individu. Nous entamerons donc ce troisième article sur l’apport du coaching dans les principes de flexibilité intellectuelle. Plus particulièrement, nous nous attarderons sur la capacité du coaching à développer l’adaptabilité d’un individu dans des environnements V.U.C.A (Volatile, Incertain, Complexe, Ambiguë). 

Nous pouvons nous questionner, tout d’abord, sur ces environnements V.U.C.A. Comment l’accompagnement en coaching serait bénéfique dans ces environnements ? En quoi, le coaching développerait notre flexibilité intellectuelle ? Comment les pratiques de coaching permettent à un individu de mieux s’adapter face aux aléas du changement et du système dans lequel il s’inscrit ?
Afin d’expliquer ce qu’est la flexibilité intellectuelle, il est nécessaire d’aborder le concept des intelligences multiples selon Howard Gardner. Ainsi, nous pourrons mieux appréhender la capacité à faire preuve de flexibilité intellectuelle.

1. Coaching et Accompagnement du Potentiel avec les Intelligences multiples

Nous débuterons notre analyse sur le principe des intelligences multiples selon Howard Gardner. Nous verrons, plus précisément, comment ces différentes formes d’intelligence s’avèrent être des indicateurs favorisant une meilleure compréhension du potentiel et de la personnalité d’un individu. Enfin, nous finirons d’appréhender les apports de ces types d’intelligence et de ce qu’elles génèrent en terme d’aide à la décision et de flexibilité pour une personne.

À l’origine de la théorie des intelligences multiples, Gardner (1997, 2004) distingue deux notions auxquelles il se réfèrent : la personnalité et la potentialité. Selon lui, le concept de personnalité est le fait de se conformer aux normes sociales et ce qui entraîne, par conséquent, une adaptation de l‘individu vis-à-vis de la société. La potentialité, elle, comprend des formes d’intelligences multiples indépendantes de notre personnalité. Ces formes d’intelligence sont « des processus et des aptitudes continues les uns par rapport aux autres » (Gardner 1997, p. 77).
Avant de continuer sur les différentes formes d’intelligence, Gardner s’attarde sur l’utilisation du terme intelligence. Tout d’abord, c’est une capacité propre à chaque être humain qui nous différencie les uns des autres. Puis, c’est aussi la capacité à réaliser une action en rapport avec un objectif. Il apparaîtrait que huit formes d’intelligences soient présentes et réagissent chacune comme des dispositifs de traitements aux différentes informations et situations vécues par l’individu (Gardner 1997 ; Richez, 2009).

  • L’intelligence linguistique regroupe la maîtrise de la sémantique, phonologie et de la syntaxe. C’est la faculté de connaissances des mots, elle nous permet de comprendre et de s’exprimer sur des idées, notions complexes.
  • L’intelligence logico-mathématique est l’aptitude à être pragmatique et rationnel. C’est la faculté à solliciter une intuition pour la compréhension et l’analyse des causes et conséquences d’une situation ou d’une action.
  • L’intelligence spatiale est la capacité à conscientiser l’espace en le comprenant et l’interprétant au travers d’idées, concepts, métaphore (images mentales).
  • L’intelligence kinesthésique est la particularité à pouvoir contrôler nos mouvements corporels et des objets avec dextérité.
  • L’intelligence naturaliste nous permet d’identifier et de catégoriser les différentes formes de la faune et la flore, mais aussi des choses non-naturels comme les voitures, marque de vêtements. Elle représente la compréhension de l’environnement dans lequel l’individu s’inscrit.
  • L’intelligence musicale appréhende et distingue les éléments d’un rythme ou d’une tonalité. C’est la faculté à penser en rythme et à en créer.

Enfin, notre attention se portera sur l’intelligence intrapersonnelle et interpersonnelle. Ces deux formes d’intelligences correspondent à de nombreuses demandes qui interviennent en missions de coaching.
Howard Gardner (1997, 2004) explique que l’intelligence intrapersonnelle est notre capacité à avoir une bonne connaissance de soi et de nos actions. Cette intelligence consiste à faire de l’introspection, à identifier, analyser et anticiper ses propres émotions, sentiments, pensées et comportements en vue d’orienter sa vie. Elle permet de résoudre des problématiques sur notre personnalité et de conscientiser nos forces, limites, valeurs, rêves ou réactions. L’intervention d’un coach va stimuler cette forme d’intelligence pour que le coaché atteigne une meilleure connaissance de soi et de l’atteinte de ses objectifs. Afin de développer notre intelligence intrapersonnelle, il est nécessaire de savoir prendre du recul sur soi-même et ses besoins en apprenant des stratégies comportementales appropriées à la situation. Cette expérience permet de favoriser ses apprentissages et d’ancrer le changement d’un individu. Les personnes à forte intelligence intrapersonnelle se connaissent et arrivent à se décrypter pour conduire leurs états émotionnels à la démotivation ou, au contraire, à l’engagement.
L’intelligence interpersonnelle interagit au monde extérieur à soi. Elle comprend notre aptitude à entretenir des bons rapports sociaux et de vivre en société. Cette intelligence sociale regroupe notre empathie, notre capacité d’adaptation et notre aptitude à discerner les intentions et sentiments d’autrui.   Le coach va mobiliser cette intelligence chez le coaché pour lui faire évoluer ses habiletés sociales et sa connaissance à l’autre en développant une meilleure compréhension de ses interactions sociales. Ainsi, l’individu sera plus à même de collaborer et d’interagir efficacement avec son environnement. À noter que cette forme d’intelligence associée à l’intelligence intrapersonnelle peut être caractérisée sous l’intelligence émotionnelle (Goleman, 1995, 2003 ; Gardner, 1997, 2004 ; Bar-On, 2006).

Ces intelligences multiples montrent le potentiel que nous pouvons faire preuve. La connaissance de ces intelligences multiples et leurs développements nous font prendre conscience de la relation intrapersonnelle et interpersonnelle qu’un individu entretient avec son environnement. L’accompagnement en coaching consiste à créer les conditions favorables à l’actualisation de ce potentiel par la conscientisation de l’histoire de vie du coaché (Richez, 2009). Paul (2004) et Richez (2009) soulignent que la posture du coach est primordiale dans l’accompagnement de l’émergence d’un potentiel. Le coach devra développer la plasticité neuronale (les formes d’intelligences) du coaché pour qu’il identifie ses potentiels, les conscientiser et accompagne son actualisation. Le coaché sera alors en mesure d’employer un type d’intelligence en accord avec la situation, il fera preuve ainsi de flexibilité intellectuelle. La flexibilité du développement humain est notre capacité à s’adapter aux aléas du changement dans notre environnement.

2. Coaching et Flexibilité Intellectuelle dans un environnement VUCA

Nous entamerons cette seconde partie avec l’accompagnement en coaching dans les environnements V.U.C.A. Plus particulièrement, nous nous questionnerons sur quelle part l’accompagnement peut-il bien prendre face aux mutations de cet environnement. Il semblerait que pour répondre aux problématiques de cet environnement, le coaching serait une solution en tant que porteur de flexibilité intellectuelle.

L’acronyme V.U.C.A est employé depuis plusieurs décennies pour décrire des environnements dits volatile, incertain, complexe et ambiguë (Deret, 2021). Cet acronyme a entraîné la redéfinition de multiples environnements comme l’économie, l’entreprise ou nos modes de vies. Ainsi, de nouveaux concepts et pratiques émergent avec d’un côté des questionnements sur la qualité de vie et le bien-être et, de l’autre sur la souffrance au travail et la perte de sens. Le domaine de l’accompagnement évolue avec, notamment, le coaching qui apparaît comme significatif pour analyser les changements des environnements V.U.C.A. Le coaching est née pour répondre à ces changements en favorisant la flexibilité des individus. En effet, le coaching est un vecteur de changement postmoderne permettant aux individus de mieux faire face et de s’adapter à l’incertitude (Deret, 2021).

Persson et Rappin (2015) affirment que le coaching est une « pratique d’accompagnement mobilisée en vue de l’adaptation des individus à un contexte en perpétuel changement ». Bouillon et Paraschiv (2020) ont montré dans leur étude que les dynamiques de changements (article précédent) induites dans une intervention de coaching contribuent à l’augmentation de la flexibilité intellectuelle.
La flexibilité intellectuelle est caractérisée par la flexibilité adaptative et la flexibilité cognitive. La première est définit comme la capacité d’un individu a s’adapter à son environnement.
Tandis que, la seconde renvoie à la capacité d’un individu à trouver des solutions dans des contextes V.U.C.A (Belghit et Trébucq, 2016).

La flexibilité intellectuelle est liée à la créativité d’un individu en comprenant par exemple l’écoute, la capacité d’analyse ou encore les échanges qui s’opèrent au sein d’un groupe. Ce concept est donc un enjeu majeur pour l’intervention d’un coach.
Les différentes dimensions de la flexibilité intellectuelle référencées par Belghit et Trébucq (2016) reprennent les éléments d’une intervention de coaching réussi selon Bouillon et Paraschiv (2020). À savoir la stimulation des compétences du coaché afin d’augmenter son adaptabilité face à un environnement incertain en favorisant son changement de posture, la remise en question, l’ouverture du champ des possibles et la prise de recul vis-à-vis des difficultés rencontrées. Un coaching réussi favorise la flexibilité intellectuelle et donc l’adaptabilité du coaché en le conduisant vers une autonomie dans la prise de ses décisions et actions. L’intervention du coach apparaît comme un accompagnement de la dynamique directionnelle de l’individu, c’est-à-dire de ses finalités et, par conséquent, un des déterminants dans la construction de sens de l’individu.

La flexibilité mentale s’applique aussi sur notre gestion émotionnelle (Ilios Kotsou, 2019). En effet, en arrivant à sortir de nos émotions négatives pour nous diriger vers des émotions plus positives, nous participons à la mise en place de stratégie de coping (ajustement) et d’adaptation. Ces stratégies de coping et d’adaptation seront d’avantage traité dans un prochain article sur l’accompagnement en coaching et la résilience.  Plus notre flexibilité mentale et ces stratégies de coping et d’adaptation sont réalisées, plus on développe notre capacité de résilience (Ilios Kotsou, 2019).

Conclusion

La théorie des intelligences multiples nous a permis de mieux comprendre l’accompagnement du potentiel en coaching. Ce potentiel vise l’actualisation des capacités et des compétences du coachés avec des demandes qui s’inscrivent dans l’atteinte d’objectifs et l’accompagnement du changement.
Nous avons développé que l’accompagnement en coaching, sur ces thématiques, favorise la flexibilité intellectuelle, cette capacité à s’adapter aux aléas du changement dans notre environnement. Après en avoir expliqué son application dans les environnements V.U.C.A, nous avons finalisés sur la flexibilité intellectuelle en tant qu’élément majeur de la résilience.

Dans un prochain article, notre analyse nous conduira vers la résilience. Cette faculté qu’un individu peut déployer pour rebondir face à des chocs ou traumatismes dans des environnements complexes. Plus particulièrement, nous y aborderons comment s’opère l’accompagnement de la résilience en coaching.

 

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Bibliographie

Anaut, M. (2005). Le concept de résilience et ses applications cliniques. Recherche en soins infirmiers, 3(3), 4-11. https://doi.org/10.3917/rsi.082.0004

Belghit A.G. et Trébucq S. (2016). « Proposition d’une mesure du capital humain : entre comportement organisationnel, compétence et créativité », Vie et Sciences de l’Entreprise, vol. 202, no 2, p. 145-165.

Bouillon, É. & Paraschiv, C. (2020). Le coaching, un vecteur de changement au sein des organisations ?. Revue française de gestion, 6(6), 73-87. https://doi-org.ezpaarse.univ-paris1.fr/10.3166/rfg.2020.00466

Deret, Evelyne. « 5. Regard prospectif sur l’accompagnement », , De l’accompagnement au coaching en entreprise. sous la direction de Deret Evelyne. Érès, 2021, pp. 151-220.

GARDNER H., Les formes de l’intelligence, Editions Odile Jacob, 1997

GARDNER H., Les intelligences multiples, Editions Retz, 2004

PAUL M., L’accompagnement : une posture professionnelle spécifique, l’Harmattan, 2004

Persson S. et Rappin B. (2015) “Les dissidences du coaching et leur éclairage pour la GRH”, Revue Interdisciplinaire Management, Homme(s) & Entreprise, vol. 1, no 15, p. 104-114.

Richez, Y. (2009). L’accompagnement du changement professionnel, l’apport de la théorie des intelligences multiples de Gardner. Humanisme et Entreprise, 4(4), 77-96. https://doi-org.ezpaarse.univ-paris1.fr/10.3917/hume.294.0077

Edouard Fillon :
https://mediablog-coaching.com/la-tribune/les-intelligences-multiples-partie-1/

Ilios Kotsou. 2019 :     
https://www.rtbf.be/lapremiere/article/detail_la-flexibilite-cette-capacite-de-pouvoir-se-reinventer-et-d-accepter-l-imprevu?id=10255410

Doctorant CIFRE - R&D Linkup Coaching
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