Justice

Justice

 -Justice

Nous entendons par justice le fait de rétribuer chacun son dû. La notion de répartition équitable inhérente à la justice est symbolisée par la balance, mais la justice est représentée tout entière par une femme aux yeux bandés tenant dans chaque main une balance un glaive. Si la balance renvoie vers l’équité, au-delà du concept de répartition celui de rétribution, inhérent à la notion de justice, implique aussi qu’il y ait récompense ou châtiment : le glaive symbolise cette fonction tranchante, puissante, de la justice.

A partir de cette définition générique, nous pouvons déceler en philosophie une manière univoque de penser la justice dans le monde : la justice est quelque chose devant advenir dans un monde injuste de fait. C’est la rationalité de l’homme qui lui confère la capacité d’agir justement, par contraste avec une nature – dont la sienne propre, en partie –, insensible à la justice. C’est à l’homme de faire régner la raison dans un monde mu par l’animalité, les passions, la mécanique aveugle de la matière. Cette manière des choses d’être injustes par nature nous est notamment expliquée (ou en tout cas explicitée) par le thème biblique de la Chute. Mais la notion de nature corrompue traverse plus globalement l’histoire des idées ; elle est à peu près présente partout où une nature humaine injuste est confrontée en idée à une autre nature humaine plus profonde, plus essentielle et foncièrement juste. Cette dualité de l’homme est pensée avant le christianisme par Platon à travers sa conception de la dualité corps-esprit, et elle a été théorisée dans le cadre d’une philosophie politique, bien des siècles plus tard, par Rousseau dans le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes. 

C’est donc parce l’homme est doué de raison qu’il peut s’extirper de l’injustice naturelle et parvenir à agir justement. C’est à l’homme que revient la tâche de faire régner la justice dans le monde. Pour y parvenir, Socrate enjoint les esprits avant toute autre chose à contempler le plus possible les idées, c’est-à-dire à privilégier la pensée à l’action, puisque pour lui l’action juste jaillit nécessairement de la spiritualité vivante. Pour Kant, de façon similaire, la justice est l’œuvre de celui qui agit selon la raison pratique, c’est-à-dire selon ce qu’ordonne la loi morale universellement valable. Plus proche de nous dans le temps, John Rawls, détaché déjà de cette dichotomie opposant frontalement corporalité et spiritualité, part du postulat d’une rationalité humaine instrumentalisée par l’intérêt égoïste, pour jeter les fondements de sa théorie de la justice, transformant de ce fait le penchant humain à l’injustice en le moteur même de la justice. Il perpétue cependant l’opposition entre un monde injuste de fait et l’avènement de la justice à travers une certaine rationalisation des rapports humains.

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