Le questionnement socratique 1/2

10-11-2015



Socrate n’est pas le premier philosophe mais c’est un personnage étonnant et singulier. Nombreux sont les coachs et les thérapeutes qui s’y réfèrent d’une façon plus ou moins opportune. Interrogeons cet apport.

Beaucoup d’Athéniens prenaient la fuite devant lui tout de même… Le fait d’avoir fait de Socrate le « père » de la philosophie a incité beaucoup d’historiens à « gommer » les excentricités du personnage car elles ne correspondaient pas avec le sérieux du rôle. (A commencer par Platon qui en efface au fil des dialogues les aspérités, et les bizarreries de comportements. Il faut bien qu’une doctrine ait l’air sérieux, non ? )

Rappelons que Socrate n’a rien écrit et qu’il n’est pas aisé de démêler ce qui lui est propre, des rajouts de Platon.

La bienveillance lisse et gentillette, et le coté tiède que certains lui prêtent ne peuvent se marier avec cette étonnante personnalité.

Socrate accouche les âmes par le questionnement (référence à sa mère sage-femme), il amène l’individu à ne plus être la proie des ombres en le sortant de la caverne, il croit que la ressource est inhérente à l’individu – point d’accord et source d’inspiration pour la pratique du coaching, mais la comparaison s’arrête là. Socrate est un partisan du dialogue aporétique, c’est-à-dire qui n’aboutit à aucune conclusion…Un questionnement tel, qu’il fait perdre le fil à l’interrogé et tout espoir d’une vérité construite, et aboutit au non savoir… (Le fameux leitmotiv de Socrate : Je sais que je ne sais rien. C’est un homme excentrique et tranchant. Nombreux sont ceux qui comme Alcibiade proclamaient qu’ils « aurait plaisir à ne plus le voir en ce monde (…) les paroles de Socrate atteignent les auditeurs et bousculent leur position dans l’existence ».

Par la puissance de son questionnement, il fait perdre la maîtrise d’eux même à ses interlocuteurs, il les réduit à sa merci et pourtant, sans cela il ne serait qu’un sophiste, son objectif est de permettre à son interlocuteur de se situer dans son existence.

Socrate s’inscrit toujours dans un dialogue, dans un échange, pas un discours. Chacun étant prié de n’exprimer que ce qu’il pense et qui est vraiment sien.
Dans ce dialogue, le questionneur est tout puissant, il manipule volontairement la pensée de son interlocuteur pour le déstabiliser. C’est le principe de la technique de la réfutation permanente, ou comment submerger une personne à tel point qu’elle ne puisse plus penser. Le but du dialogue n’est pas l’atteinte de la vérité (ca, c’est un rajout de Platon dans la doctrine) mais l’expérience déroutante du non savoir. Expérience du non savoir qui aboutit à un désencrage des habitudes de pensées et d’agir : on retrouve ici la passerelle avec le coaching. Le but est de traquer les « faux savoirs » , les contradictions, telle est l’ironie Socratique, telle est la maïeutique.
Et une fois que les croyances ont été ébranlées, Socrate s’en va…. Libre à l’interlocuteur d’agir.
Le questionnement est d’ordre moral, c’est une démarche essentiellement critique, une sagesse dite négative.
Le connais-toi toi-même d’ailleurs est une invitation à traquer « nos faux « savoirs, à juger nos pensées et à mesurer notre condition humaine. Et c’est bien là, le point d’accord majeur, le doute, le doute existentiel qui permet la déconstruction ….



Une réponse à “Le questionnement socratique 1/2”

  1. Olivier Hémont dit :

    Bonjour Stéphanie et merci pour cet article.
    Effectivement Socrate inspire…et fait peur. Peur à ceux qui pensent avoir une connaissance, un savoir qu’ils estiment prévaloir sur ceux de l’interlocuteur. Et dans ce cas, la peur est issue du fait qu’il puisse y avoir perte de la position, du status et donc de l’identité de celui qui pense savoir. Nous nous construisons tous une identité qui nous permet de nous positionner dans un environnement choisi ou imposé.
    Mais une fois cette déconstruction faite, que reste-t-il? Le vrai nous? Le vrai soi? Sommes-nous prêts à le découvrir, sommes nous prêts à laisser ces faux piliers de constructions de notre identité? Peur de l’inconnu?

    Est-ce en cela que Socrate sucsite la crainte et la peur ou n’est-il pas le coupable idéal sur lequel nous pouvons nous décharger du crime que nous avons commis: penser que nous savons et s’autoproclamer détenteur de connaissances.

    N’est-il pas plus facile de mettre la faute sur un coupable désigné (l’autre) et de nous cacher face à une réalité que nous ne voulons pas voir et accepter?

    L’homme est-il faible à ce point? Socrate montre du doigt cette faiblesse que l’ego n’accepte pas de reconnaître. Mais cette réalité qui nous renvoie à nous même grâce à la puissance du questionnement, n’est-elle pas salvatrice, voir libératrice pour celui qui a le courage de l’accepter et de se mettre en action en empreintant un nouveau chemin: celui de l’éveil, de la pleine conscience?….

    Au plaisir de lire le numéro 2 et merci encore pour ce partage.

    Olivier Hémont
    Session 77 – Promotion « Hudson »

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A propos de l'auteur

Stéphanie Plessis

Stéphanie Plessis

Co-Fondatrice Linkup Coaching

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