Le coach et le philosophe

09-09-2015



« Parmi les choses, les une dépendent de nous, les autres n’en dépendent pas… » « Je ne suis libre qu’en devenant (…) responsable » Epictète – manuel

Les choses qui dépendent de nous sont nos actions, nos pensées, nos opinions, nos aversions, nos tendances, nos désirs, nos inclinations… en cela nous héritons directement des stoïciens.

M’attacher aux choses qui sont de mon ressort, celles qui dépendent de moi, suppose que je les connaisse pour les aborder de façon rationnelle. (au plan de la raison)
Les connaître c’est prendre la mesure de ma réalité, d’un monde qui est le mien.
Agir à la place où je me trouve en ayant conscience de mes buts, des implications de mes actions et de mes choix, peut concourir à une harmonie plus générale.
Cela nous renvoie au principe de responsabilité cher à Epictète.

« Je ne suis libre qu’en devenant (condition) responsable » cette pensée est un des fondement de la pensée libérale.

Chez les stoïciens, dans le « désirer ce que je peux atteindre » l’imagination n’est pas refusée mais juste mise à distance au nom du principe de réalité. Dans ce condensé de matérialisme il y a clairement une modernité très orienté solution.
Ce sens de la mesure réaliste et utile, cette « modestie » originelle, ne nous affecte pas de la même façon. Au nom du même principe j’économise ma propre énergie et renforce ma confiance et ma motivation à travailler sur ma réalité, à faire parler mes talents.

Notre questionnement intérieur au bénéfice de la clarification de nos valeurs, de nos limites, de nos critères…. suspend notre prétention à une réponse définitive, il nous engage à chercher encore en se dépassant (dépend de nous, ne dépend pas…?). Cette vertu toute stoïcienne du questionnement qui m’oblige à découvrir en moi des réponses dans le mouvement est la condition du chercheur. En cela aussi il y a une modernité. Et là ça dépend vraiment de nous.

Ainsi nous conduisons véritablement nos changements intérieurs pour nous ouvrir d’autres possibles.
Quand je mets ainsi une claque à Epictète, libéré que je suis de la tutelle divine, je repousse et renforce mes limites pour élargir le champ de ce qui dépend de moi. Ce que je peux avec raison atteindre. Je deviens libre non seulement en n’étant pas affecté par l’opinion que j’ai (au contraire d’Epictète) de ce qui m’arrive, mais aussi parce que je perçois cette liberté qui est en moi en élargissant mon champ de conscience. Ca aussi ça dépend de moi.

Il y a chez les stoïciens une idée de maîtrise limitée à sa propre condition humaine. « C’est mon destin ». Il n’y a pas d’idée de révolte, il faut se réaliser là où l’on est et pas là où on s’imagine qu’on pourrait être. Il y a une folie de la raison.
Les choses qui ne dépendent pas de nous, sont pour les stoïciens le corps, les biens, la richesse, les autres, la réputation, le pouvoir, les événements, toutes les choses qui ne sont pas du nombre de nos actions, toutes les œuvres qui ne nous appartiennent pas. S’agissant du sportif olympique comme du philosophe ils considèrent que l’on peut être « couronné » à la condition de mesurer et d’accepter tout ce qui précède et tout ce qui suit. Mesurer les implications d’un désir pour ne pas connaître l’humiliation du désir refoulé, le contraignant à se rejouer ailleurs, dans l’inconscient peut-être. Mais leur ascétisme et leur tempérance est castratrice, et on traîne cela depuis pas mal de temps.

Ce qui ne dépend pas de nous, dépend tout de même de nous.
Notre battement d’aile de papillon dépend de nous.
Faire comme l’oiseau de l’incendie, notre part, dépend de nous.
Transmettre le virus du positif en imaginant un autre demain dépend de nous.
Résister et ne pas toujours accepter ce qui arrive, dépend de nous
Participer à l’intelligence collective pour permettre d’imaginer le changement, dépend de nous.
Etre créatif pour repousser nos limites et explorer nos propres champs, (suspect chez Epictète comme chez Platon) cela dépend de nous.
Accepter d’aider l’autre en payant le prix, cela dépend de nous.
Préserver Voltaire et Rousseau, rêver, créer, imaginer et faire en repoussant toujours nos limites, cela dépend de nous.


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2 réponses à “Le coach et le philosophe”

  1. Landrieau Christophe dit :

    Bonjour Jean Luc et merci de partager ton approche qui ouvre sur la prise en main de sa destinée. Je suis d’accord avec toi sur le fait que nos ailes nous appartiennent et libre à nous de les déployer ou pas. Je nuance cependant cette approche en me basant sur les niveaux d’existence tirés de la spirale dynamique et j’ajoute que selon son environnement socio culturel et son propre niveau d’existence il peut parfois être préjudiciable de prendre son destin en main au risque de s’extraire d’une communauté qui apporte aussi un sentiment d’appartenance et reconnaissance bénéfique à l’individu.
    Dans nos sociétés occidentales où le capitalisme Orange domine, les aspirations de chacun à s’affranchir des dogmes (bleus) qui nous cassent parfois les ailes, peut se comprendre. dans les sociétés traditionalistes et tribales cette vision de l’individu affranchi et libre reste un pari risqué et peut mener à l’exclusion de l’individu.
    Le jeu en vaut il la chandelle?
    La liberté individuelle de s’accomplir et de prendre conscience de son unicité, est une valeur qui émerge au niveau orange et pas avant. Socrate n’a t’il pas été condamné à mourir en buvant la Cigüe pour avoir oser délaisser les traditions d’Athènes?
    La question de l’adaptation à son équation environnementale mérite réflexion. Vivre libre tout seul au risque d’être banni ou emprisonné n’est ce pas de fait une privation de sa propre liberté? La notion de limite de notre liberté apparaît donc ici. Le but de notre existence est à rechercher au sein de la communauté humaine et non en dehors selon moi.
    Un ami me disait qu’il préférait accepter la domination de sa propre famille plutôt que de chercher à s’en affranchir au risque de le perdre en se fâchant avec eux. Il a appris à changer son mode de comportement en se positionnant en Adulte et non en Parent ou Enfant. Ainsi il a pu dompter cette emprise tout en améliorant sa propre estime en étant fier de cette victoire sur lui même.
    Je termine en disant qu’il vaut mieux être en dedans qu’au dehors pour la plupart des êtres car cela évite bien des souffrances. La règle pour moi: Changer de paradigme et s’adapter à son environnement social, politique ou culturel. Oui on peut repousser les limites de sa propre conscience en acceptant sans se soumettre; là on se rejoint.
    Christophe

  2. klein Isabelle dit :

    Bonjour Christophe
    Ce questionnement a magnifiquement été décrit sous la forme d’un Roman par Irvin Yalom dans « Le problème Spinoza ». Mais peut être l’avez vous déjà lu.

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