La tribune

Coaching et fin de vie : pour un accompagnement humanisé et bienveillant

Le coaching peut-il accompagner le processus de fin de vie ? La question est bouleversante. La solution possible à ce problème revient à la mise en pratique de quelques fondamentaux du coaching.


C’est une pratique qui devient de plus en plus courante dans les hôpitaux et cliniques privées : l’accompagnement des patients en phase terminale. Cet accompagnement se fait normalement par des équipes spécialisées qui interviennent auprès du patient pour lui assurer toute une structure de suivi personnalisé et individuel. La douleur, les questions psychologiques, les rapports entre celui qui est accompagné et ses proches, tout est censé être pris en compte pour le confort du patient. Dans la plupart des cas, ces professionnels de l’accompagnement sont des psychologues et des membres de l’équipe médicale. Qu’en est-il du coaching dans cette situation, le métier de l’accompagnement par excellence ? Le coaching peut-il accompagner le processus de fin de vie ?

La question est bouleversante. D’un côté, le coaching s’inscrit dans une démarche qui vise le développement de la demande du client, tournée vers des résultats qui se trouvent nécessairement dans l’avenir. Celui qui est coaché souhaite faire évoluer sa problématique, donc la faire parvenir à une solution. D’un autre côté, l’accompagnement de fin de vie, par définition, ne doit pas viser un objectif qui se trouverait éloigné dans le temps, ce qui n’aurait pas de sens. Cela crée donc une certaine impasse entre la réalisation temporelle de la pratique du coaching et celle du traitement de patients en phase terminale. Comment s’en sortir ?

La solution possible à ce problème revient à la mise en pratique de quelques fondamentaux du coaching. Certes, la pratique du coaching projette dans l’avenir des buts à atteindre, mais cela n’est possible que parce qu’il y a un travail en amont sur l’ici et sur le maintenant. Ce travail n’est rien d’autre qu’un processus de conscientisation du client vis-à-vis de sa réalité. Qu’est-ce qui se passe véritablement aujourd’hui ? Quelles sont mes priorités ? Comment agir dans cette situation ? Il s’agit d’une prise en main des indicateurs de fait qui entourent le client, donc de sa réalité. Il n’y a de coaching possible que dans ce processus de clarification du réel.

À partir de cette mise en conscience de la réalité du client, la question de la temporalité du coaching se pose autrement. L’objectif défini à partir de la demande du coaché se projette dans l’avenir, mais un objectif en coaching est dans la plupart de cas soit matérialisé par des objectifs intermédiaires, soit par une dynamique de développement qui s’inscrit naturellement dans le processus.De cette façon, le processus est raisonnable et surtout mesurable. L’avenir donc, à travers le prisme des objectifs intermédiaires et d’un développement fluide, n’est jamais une dimension temporelle lointaine. Au contraire, l’avenir fait machine arrière dans la ligne du temps en « adhérant » et en « renforçant » l’ici et le maintenant du présent. Le coaching envisage donc, dans toute sa capacité d’écoute, à faire ressortir les ressources que le patient possède en vue d’une composition cohérente vis-à-vis de l’horizon limité qui est le sien. Cela donne place à un souffle de vie pleine, fondée donc sur une vraie capacité d’agir, même face à l’adversité. Nous voyons ici la capacité de cette discipline à façonner sa matière première, à savoir celle de l’humain, dans toute sa complexité et originalité. Cette réflexion renvoie le coaching à ses fondements, au-delà d’une compréhension primaire des principes qui le régissent. Dans son processus, le coaching ne peut se fonder que sur la question de l’humanité.

Cette posture est tout à fait essentielle quand il s’agit d’un patient en phase terminale. Les problématiques liées au processus de fin de vie s’attachent à une « cartographie minimaliste » qui réduit l’espace à un univers proche, à un environnement restreint dans lequel les valeurs se concentrent sur ce qui est autour de l’individu. Comme Malone, personnage de Beckett qui vit ses derniers jours en faisant un inventaire de ses objets, tout en essayant de les récupérer et de les organiser avec sa canne, le patient qui fait face à la fin réinvente selon ses besoins et ses affects le temps et l’espace d’appartenance qui l’entoure. Chaque détail, chaque portion du monde a une nouvelle signification dans le regard de celui qui recrée son monde, et le coaching doit être l’espace de compréhension profonde de ce monde, de son articulation, de ses dimensions, de ses idiosyncrasies, bref, de tout l’inventaire de ses possibilités.

Le coaching, discipline fondée nécessairement sur le réel, n’est finalement rien d’autre que le dispositif qui va concevoir le processus de fin de vie comme un fait de la vie elle-même. Tout en s’appuyant sur sa déontologie et son éthique, et en respectant des principes fondamentaux comme le respect écologique et la bienveillance du client, le coach peut accompagner le processus de fin de vie grâce à sa capacité de mise en lumière de l’autonomie de l’individu, même dans un cas délicat comme celui de la fin.

2 pensées sur “Coaching et fin de vie : pour un accompagnement humanisé et bienveillant

  • 2 novembre 2018 à 7 h 38 min
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    La fin de vie et les soins palliatifs font parti de ma réalité professionnelle depuis de nombreuses années, et tout naturellement, lorsque je suis rentrée dans le monde du coaching, j’ai cherché à lier ces 2 réalités. J’ai alors sollicité un stage d’immersion en unité de soins palliatif à Chateauneuf sur Charente afin d’identifier la faisabilité du projet.
    Mon constat: l’outil coaching ne peut être appliqué qu’à certain moment de la fin de vie, vient en complément des soins palliatifs et est plus utile à l’entourage intime/social/professionnel de la personne en fin de vie.
    En effet, la personne mourante, passe par différentes étapes comme le décrit très bien E.Kubler Ross avec les phases du deuil, et en fonction de l’étape, l’accompagnement en coaching n’est pas possible: une personne en déni ne peut pas faire de travail en introspection (ce qui est vrai également en dehors du contexte de fin de vie). Comment travailler sur un contexte qui n’existe pas pour la personne concernée? Une fois cette réalité irrémédiable intégrée, la personne bascule dans une soif de vivre, ou plutôt une urgence de vie. Et là aussi, le travail en coaching est vécu comme une perte de temps . Puis vient le temps du début de la fin, avec la diminution des capacités physiques et intellectuelles et alors il n’y a plus d’énergie pour quoi que ce soit.
    Selon moi, au regard de ma réalité de terrain, dans ce contexte de fin de vie, le coaching prend tout son sens pour les professionnels qui accompagnent mais aussi et surtout pour les familles/amis car ce sont eux qui en ont le plus besoin. Le fait de vivre intimement la fin de vie dans sa chair conduit inexorablement l’individu à cheminer, et vite, d’autant plus que notre système de soin, aussi imparfait soit-il, offre une prise en charge palliative complète et efficace et le patient se sent suffisamment accompagné. Ce qui n’est pas le cas des accompagnants (professionnels et/ou familiaux).
    Ce n’est pas le mourant que le coaching peut aider, mais bien les vivants!

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  • 5 novembre 2018 à 22 h 32 min
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    Très intéressant, merci d’avoir partagé.
    Cet article [http://sante.lefigaro.fr/article/fin-de-vie-le-temps-d-etre-enfin-soi-/] explique comment la psychothérapie peut aider les personnes en fin de vie à soulager la détresse.
    Accompagnement différent certes mais qui peut éclairer sur ce qui est envisageable avec le coaching.
    J’espère vivement lire des témoignages de coachs dans ce sens.

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