Narrativité

26-06-2018



Le Dictionnaire Philosophique du Coach est un projet visant à proposer une définition des concepts liés au métier de coach, en mettant en lumière leur dimension philosophique. Avoir une idée claire des notions qui sont aux fondements d’une pratique, c’est essentiel pour le coach en devenir qui questionne naturellement la signification de son vocabulaire, mais aussi pour le coach accompli qui cherche une plus grande maîtrise de sa connaissance. L’aspect philosophique du vocabulaire du coaching rend au lecteur les mots dans leur sens le plus précis mais qui s’avère être souvent étonnant et plein d’interrogations.

-Narrativité

Voici un concept tout droit sorti du champ psychanalytique. Techniquement, la narrativité désigne la mise ne récit, la possibilité pour une chose d’être narrée, d’être racontée. En ce sens, la psychanalyse s’intéresse à la narrativité du point de vue psychique : le moi est justement ce qui dans l’esprit est narré et qui en vient à constituer une identité ; il réside essentiellement dans cette mise en récit. Ainsi, plus qu’une entité statique, le moi est une histoire et il a besoin de posséder une cohérence dans l’enchaînement de sa trame, mais aussi d’être acceptable, transparent, ordonné – bref, vivable. C’est un tel propos que la psychologue Daniela Marcelli affirme quand elle écrit que « le psychisme est cette instance non localisable dans le corps destinée à assurer au sujet l’illusion de sa continuité existentielle (…) Le psychisme est consubstantiel à la notion de temps, à la temporalité plutôt ; aussi l’instrument par lequel il se révèle est le récit, en particulier la narrativité (…) Le psychisme est l’organe du sens donné à la continuité existentielle et un des rôles du psychisme et de produire une narration… »[1]

La notion de traumatisme psychique est dans cette perspective une rupture dans la narrativité, une brèche dans le récit de soi que la relation analyste-patient cherche à restaurer à travers la parole. Bien que le coach ne se situe justement pas à ce niveau d’activité, c’est-à-dire qu’il ne tente pas de guérir une défaillance du récit identitaire appartenant au passé du patient, il peut s’intéresser à la narrativité dans un autre sens, notamment en se demandant : quelles sont les potentialités de ma narrativité à venir ? De quelle manière puis-je changer le regard sur ma situation actuelle et de cette manière jeter un regard nouveau et transformateur sur ma narrativité présente ? En effet, ce ne sont pas seulement les blessures du passé qui constituent des freins à la constitution d’une narration du moi ; les croyances limitantes peuvent elles aussi contraindre le moi à se conformer d’une situation dépourvue de cohérence et guère positive, entravant ainsi le besoin fondamental du psychisme de se pourvoir d’une trame vivable de sa propre identité.


[1]Daniel Marcelli, La « trace anti-mnésique ». Hypothèses sur le traumatisme psychique chez l’enfant, L’information psychiatrique 2014/6 (Volume 90), p. 439-446. p.440.

 


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