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Neuroconstructivisme

Le Dictionnaire Philosophique du Coach est un projet visant à proposer une définition des concepts liés au métier de coach, en mettant en lumière leur dimension philosophique. Avoir une idée claire des notions qui sont aux fondements d’une pratique, c’est essentiel pour le coach en devenir qui questionne naturellement la signification de son vocabulaire, mais aussi pour le coach accompli qui cherche une plus grande maîtrise de sa connaissance. L’aspect philosophique du vocabulaire du coaching rend au lecteur les mots dans leur sens le plus précis mais qui s’avère être souvent étonnant et plein d’interrogations.


-Neuroconstructivisme

Le neuroconstructivisme est une position théorique qui affirme que la totalité du monde que nous percevons – le Moi conscient y compris – est une création du cerveau. Elle provient des neurosciences et de leur récent essor. Fondé sur un tissu de connaissances obtenues par la méthode scientifique, ce paradigme est aussi une promesse dans le sens où il prétend pouvoir résoudre, dans ses propres termes, des aspects encore problématiques de notre rapport à la réalité – le mystère de la conscience par exemple. C’est pourquoi le neuroconstructivisme est un courant philosophique qui élabore une théorie générale de la réalité en se basant sur un ensemble de connaissances acquises et à partir desquelles se forment des hypothèses non encore démontrées mais logiquement vraisemblables. Plus qu’une vision évidente et vérifiée de la réalité, le neuroconstructivisme est surtout un cadre théorique qui dirige la recherche dans un certain sens.

Cependant, la philosophie a son mot à dire vis-à-vis d’un tel projet. Le philosophe allemand Markus Gabriel mène un combat acharné contre le neuroconstructivisme dans son livre Pourquoi je ne suis pas mon cerveau. Il y écrit : « Concernant la connaissance de soi de l’être humain, la décennie du cerveau est un échec assez cuisant. A la fin des débats, le Süddeusche Zeitung a constaté que « l’homme reste indéchiffrable. »[1] Le temps est donc venu de réfléchir à neuf à la nature de l’esprit humain, à ce qu’est (ou qui est) l’esprit humain. Plus largement, ce penseur combat le constructivisme en général, point de vue selon lequel il n’y a pas de faits en soi mais que tout est une construction humaine, notamment dans son livre Pourquoi le monde n’existe pas, qui est le manifeste du courant philosophique dont il est le co-fondateur : le nouveau réalisme.

Pour le coach professionnel, qui peut faire des neurosciences des alliées en ce qu’elles lui apportent une maîtrise accrue des mécanismes qui régissent le cerveau et par là-même le déploiement de ses rapports subjectifs avec le monde, tout ceci est une bonne nouvelle. En effet, bien que les neurosciences nous enrichissent de savoir en matière de croyances et de sentiments humains, le coaching ne pourrait pas être sans ce principe qui veut que l’être humain puisse se déterminer et agir de façon autonome et pas uniquement à cause d’une stimulation extérieure déterminante. Ce qui est défendu par le nouveau réalisme, c’est la véritable liberté de l’esprit – et pas d’une liberté illusoire de laquelle nous devons nous contenter faute de mieux.

 


[1] Gabriel, M. Pourquoi je ne suis pas mon cerveau, éd. Lattès, 2014, trad. par Georges Sturm, p. 26.

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