Sélection de lectures autour du coaching – Février 2017

18-02-2017



Bonjour à tous. Alors que les dernières neiges fondent – ou qu’elles tombent selon la latitude – votre serviteur émerge des profondeurs d’une bibliothèque. Lors de la remontée vers la surface, lampe frontale sur la tête, je trébuche et m’étale de tout mon long – et je suis plutôt grand. Heureuse coïncidence, alors que je m’attendais raisonnablement à choir sur un matériau peu amène (comme de la pierre ou de la boue), ce sont trois rectangles plutôt souples que je rencontre. En me relevant, je regarde vers le sol et la lumière éclaire trois livres (j’ai chu sur des livres) : L’imaginaire national, d’un certain Benedict Anderson, La tragédie de la culture de Georg Simmel (que vous et moi connaissons) et The Culture of Public Problems de Joseph Gusfield.

Puisqu’il est admis que la couleur première de la résolution s’étiole au pâle éclat de la pensée, et que fatalement les entreprises de grand essor et de conséquence se détournent de leur cours et perdent le nom d’action, je ne réfléchis pas une seconde et m’attela à la production d’un résumé court de chacun de ces livres que j’enregistrai sur mon téléphone portable. Je vous en livre ici une reconstitution écrite qui, je l’espère, rendra justice à la verve qui me saisit alors.

 

Bibliographie

« L’homme qui le premier a bâti une hutte révéla, comme le premier qui traça un chemin, la capacité humaine spécifique face à la nature en découpant une parcelle dans la continuité infinie de l’espace, et en conférant à celle-là une unité particulière conforme à un seul et unique sens. » | Simmel, G., 2006 (1988), Rivages, p. 164

Benedict Anderson, 2002 (1983), L’imaginaire national. Réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, La Découverte

Anderson propose une réflexion autour de la nature de la nation. Elle est une construction sociale qui repose sur la constitution d’un imaginaire national. Une nation est donc construite d’abord dans les représentations des individus, avant de se matérialiser par des frontières, une langue, etc. La constitution d’un imaginaire national passe par plusieurs canaux, notons qu’ils ont tous la caractéristique de repousser les frontières spatio-temporelles de l’individu, en lui permettant à terme de considérer un territoire dont il ne peut faire l’expérience directement. Les journaux, les romans ou les cartes sont autant d’artefacts qui permettent la création d’une nouvelle unité de mesure. Ainsi, La réalisation d’une communauté d’abord imaginée est rendue possible par la représentation physique de l’ensemble (la carte), et également par la production de contenus culturels influencés par les nouvelles représentations.

 

Georg Simmel, 2006 (1988), La tragédie de la culture, Rivages

Ce livre de Simmel est une collection d’essais philosophique et sociologique sur ses sujets de prédilection, à savoir l’esthétique, l’art et la culture. La thèse de Simmel, qui constitue ce qu’il appelle tragédie de la culture, est que la vie est nécessairement liée à la non-vie. Elle est à la fois fluide et fragmentée, infinie et périssable. La figure de l’individu en est une bonne image, puisque le moi est unique et limité. La pensée que Simmel présente dans cet essai est complexe dans le sens où il tente de penser le monde en tant qu’il est complexe.

 

Joseph R. Gusfield, 1981, The Culture of Public Problems : Drinking-Driving and the Symbolic Order. The University of Chicago Press

Le livre de Gusfield porte sur la constitution et la définition des problèmes publics. La question centrale à laquelle il tente de répondre est formulée dès la première page : comment une situation devient-elle un problème public ? Pour y répondre, il se concentre sur la question de l’alcoolisme au volant et montre l’articulation entre lois et représentations sociales. Afin de mieux comprendre la saisie institutionnelle d’un problème, il faut se pencher sur (1) la propriété du problème (ownership) et (2) la responsabilité. La propriété renvoie à la définition du problème, qui est question de culture, de connaissance et de pouvoir. La responsabilité renvoie à deux choses : la première est causale (qui est en faute ?) et la seconde est celle du traitement (qui doit gérer le problème).

 

Conseils de lecture

Ces trois livres sont d’un abord moins aisé que les trois précédents (janvier 2017). Celui d’Anderson est peut-être le plus abordable, bien que la traduction ne soit pas d’une grande qualité. L’auteur est historien et son livre est illustré d’exemples historiques qui rendent la lecture plaisante. Le livre de Simmel est clairement le plus complexe, c’est un recueil de réflexions poussées qui requiert une grande attention, si évidemment vous souhaitez comprendre ce qu’il y dit. Le livre de Gusfield (en mettant de côté l’absence de traduction française) est très agréable à lire et est un classique de la sociologie politique. Bref, s’il pleut en Mars, vous aurez de quoi occuper de mornes week-ends sans fin (une autre forme de tragédie). S’il fait beau, vous aurez de quoi réfléchir et méditer lors des longues balades (en forêt, sur les quais, sur la plage, etc.) que vous ne manquerez pas de faire.

 

Je vous souhaite à tous, chers lecteurs, de très bonnes lectures.


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