Biblio des coachs : Octobre 2017

12-10-2017


Représentations et croyances individuelles


Mazette ! Me revoilà, vous revoilà, NOUS revoilà. Lors de la première saison de la biblio des coachs, vous avez été présents (mais peu réactifs, en atteste le petit nombre de commentaires), et j’en suis particulièrement heureux.

Notre petite communauté, soudée et solidaire, se révèle à travers ce chiffre étonnant et beau à la fois : 1000, comme dans 1000 lectures par post, en moyenne. Ce chiffre est hautement symbolique. Une lecture kabbalistique nous apprend par exemple que Salomon, le roi sage entre les sages, avait 700 épouses et pas moins de 300 concubines, ce qui, si vous avez bien suivi, fait 1000. Ce même roi a par ailleurs écrit 1005 chants (il était prolixe), nombre que nous atteindrons peut-être un jour, même si cela me semble compliqué si nous continuons sur un rythme mensuel (il nous faudrait alors pas moins de 83,5 ans, et donc autant de saisons de biblio des coachs). Pour revenir à Salomon, si chaque chant a été inspiré par une ballade avec l’une de ses biens-aimés, et que ces ballades étaient quotidiennes, la composition de ces 1005 chants ne lui prit finalement que 2,75 années, ce qui nous apprend qu’il était en fait plutôt feignant, puisqu’il vécut 55 ans.

Si vous aviez été un peu moins nombreux en moyenne, nous aurions pu être au niveau de ce brave Mathusalem, qui vécu en son temps 969 belles années, de quoi (si vous suivez toujours) assurer la production de pas moins de 11662,81 biblio des coachs (969/83,5*1005=11662,81. Vous pouvez vérifier).

Peut-être qu’à la vue de ces chiffres, un vertige ne manquera pas de vous saisir. J’espère cependant que vous vous en remettrez rapidement pour vous atteler à la lecture des trois livres de ce mois : L’homme et ses symboles de Carl Gustav Jung, L’invention de la catastrophe au XVIIIe siècle sous la direction d’Anne-Marie Mercier-Faivre et Chantal Thomas, et L’art de se persuader des idées douteuses, fragiles ou fausses de Raymond Boudon. Le thème que je vous propose de traiter à travers ces ouvrages est celui des représentations individuelles et de leurs ramifications.


Bibliographie

Mais il y a un autre genre de symbolisme, qui fait partie des traditions sacrées les plus anciennes que nous connaissions tout en étant également relié avec les périodes de transition de la vie personnelle. Toutefois, ces symboles ne cherchent pas à intégrer l’initié à une doctrine religieuse, ou à une forme temporelle de conscience collective. Au contraire, ils indiquent le besoin chez l’Homme de se libérer de manières d’être trop insuffisamment mûries, trop rigides, trop arrêtées. En d’autres termes, ces symboles sont destinés à délivrer l’homme – à lui faire transcender – tout forme restrictive d’existence au cours de sa progression vers un niveau supérieur ou plus parfait d’évolution.

C. G. Jung ([1964] 1990), p. 149

 

Carl Gustav Jung. L’homme et ses symboles. Robert Laffont. 1990 (1964)

Cette somme est particulière dans l’oeuvre de Jung puisqu’elle a été publiée à titre posthume (il est mort en 1961) et qu’elle n’est pas écrite uniquement par lui. En effet, le livre se décompose en cinq parties, la première étant écrite par Jung lui-même, les quatre autres par quatre auteurs se revendiquant de lui (et lui étant plus ou moins proche professionnellement parlant). C’est bien Jung néanmoins qui pensa le plan de l’ouvrage, qui, malgré ses cinq auteurs différents, garde par ce biais une grande cohérence.

Le thème général du livre est, comme son nom l’indique, l’homme et ses symboles. Pour l’auteur, les symboles sont la forme que prend le contenu de notre inconscient qui, à l’inverse du subconscient de Freud (auquel Jung s’opposa), n’est pas empli de désirs refoulés, mais est à l’inverse structurant pour la vie de l’individu. De fait, une étude de l’homme et de ses symboles est finalement une étude des rapports qu’entretient l’individu avec son inconscient. Ce faisant, il faut donc comprendre que les symboles ne sont pas extrinsèques à l’individu, mais qu’ils forgent et expriment sa propre vision du monde. C’est donc bien la rencontre entre les parts conscientes et inconscientes de son être qui structure le processus d’individuation tel que Jung le conceptualise.

 

Anne-Marie Mercier-Faivre & Chantal Thomas (dir.). L’invention de la catastrophe au XVIIIe siècle. Droz. 2008

A travers cette histoire d’une notion, celle de catastrophe, les auteurs relatent « la prise en main par l’humanité de son histoire » (p.11). En effet, le glissement de châtiment divin à désastre naturel épouse le retrait de la figure divine dans la nature. Ce changement de perception de l’objet catastrophe renseigne sur le changement de perception de la nature même à cette époque, perception notamment véhiculée, selon l’auteur, à travers la pensée rationaliste du XVIIIe siècle (Diderot, Hume, Leibniz ou encore d’Holbach) :

(p.11) « Rattacher les catastrophes à des causes naturelles, tenter de comprendre, est donc d’une importance décisive dans la prise en main par l’humanité de son histoire. Les catastrophes sont a-morales. La nature, lorsqu’elle engendre des catastrophes, ne dit rien, n’enseigne rien. Il n’y a pas à l’interpréter. Il faut comprendre comment elle agit et s’efforcer de se protéger d’elle dans ses effets nuisibles. »

Ce faisant, ils proposent une réflexion qui met à jour les liens entre représentations du monde et représentations de soi, ces dernières se forgeant notamment dans le rapport à l’altérité, qu’elle soit sociale ou naturelle (sur ce propos, voir notamment Torraca D., « La reconnaissance d’autrui chez Max Scheler (première partie) », Revue Européenne de Coaching, Numéro 2, Avril 2017 – lien vers l’article).

 

Raymond Boudon. L’art de se persuader des idées douteuses, fragiles ou fausses. Fayard. 1990

Raymond Boudon propose de contribuer à la longue tradition de recherches en Sciences Humaines et Sociales sur l’adhésion aux croyances, et plus spécifiquement l’adhésion aux croyances fausses. Sur ce thème, on trouve des contributions classiques de Weber, Durkheim, Pareto ou encore Simmel. Raymond Boudon note que l’apport des deux premiers a été d’élever les croyances au rang d’objet d’étude scientifique puisqu’il est possible, disent-ils, d’en rendre compte objectivement

Au-delà d’une élaboration de ce qu’il appelle le modèle Simmel (de l’adhésion cognitive), Boudon propose de mettre un pied dans le domaine des théories de la rationalité. Son propos est articulé autour de l’évocation d’une explication rationnelle de l’adhésion.  Ainsi, p.12 : « L’un des apports des sciences humaines contemporaines a été de montrer que les croyances aux idées douteuses étaient souvent l’effet de bonnes raisons. » A partir de ce constat qui peut remonter, même si d’une façon moins systématique que pour Simmel, à Weber et Durkheim, on fait entrer la croyance dans le domaine du compréhensible, c’est-à-dire dans le domaine de la sociologie. La phrase de Pareto choisie par Boudon pour introduire l’ouvrage est d’ailleurs la suivante : « La logique cherche pourquoi un raisonnement est erroné, la sociologie pourquoi il obtient un consentement fréquent. » (p.7)

 

Conseils de lecture

Le livre de Jung est simple d’accès, pour la bonne raison qu’il est censé l’être. En effet, la publication a été supervisée par un journaliste de la BBC, John Freeman, que Jung a choisi pour son « intelligence raisonnable« , afin de s’assurer de la facilité d’accès au texte pour le lecteur moyen. Ainsi, dans sa conception, ce livre a été pensé pour un public non-averti, c’est-à-dire profane. Si le lire n’est peut-être pas nécessaire pour un lecteur assidu de Jung, spécialiste de psychologie analytique, il est tout à fait recommandé pour des personnes relativement étrangères à cette discipline, ou à tout féru de symbolique et de psychologie de manière générale. A lire.

L’invention de la catastrophe au XVIIIe siècle est une somme historique savante et passionnante. Plusieurs auteurs s’y succèdent et la lecture n’a pas besoin d’être linéaire. Si le sujet paraît restreint, il a une portée générale et fondamentale quant aux représentations sociales et individuelles. Si vous vous intéressez à ces questions, c’est un ouvrage à consulter, d’autant plus que le sujet le rend plutôt attrayant.

Enfin, le livre de Boudon est excellent, alternant parties épistémologiques complexes et parties plus illustratives d’abord relativement simple. Si vous vous intéressez aux croyances, c’est un classique sociologique du genre et il sera compliquer de passer à côté.


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