Biblio des coachs

Biblio des coachs : décembre 2017

Bonjour à tous ! Noël approchant ne perturbe pas la parution mensuelle de la biblio des coachs, comme vous pouvez le voir. Le mois n’est toujours pas venu de vous présenter l’un de mes livres, mais dans un mois, vous aurez l’occasion de découvrir le dernier numéro de la Revue Européenne de Coaching consacré au monde scolaire. Numéro à ne pas manquer évidemment ! Ce mois-ci, je traiterai des notions d’identité et de d’interaction.


Vous remarquerez, pour ceux qui connaissent la revue susnommée, que les mots identité et interaction sont également présents dans le titre d’un article co-écrit par Gérald Portocallis et Théophile Bagur (en l’occurrence, moi), que vous retrouvez dans le numéro 2. Pour tout approfondissement, vous pouvez donc vous y référer.

Ce faisant, j’arrête l’autopromotion, je ne voudrais pas que vous pensiez que cette rubrique est promotionnelle ou, pire encore, sponsorisée (d’ailleurs, les nécessités économiques sont bien loin de mes préoccupations lorsque j’écris chaque mois ce billet en dégustant un bon thé Morioge Frère & Sœur © sur un fauteuil Storck ©).

Ce mois-ci, donc, je vous présenterai deux livres d’Erving Goffman, Les rites d’interaction et Les cadres de l’expérience. Goffman présente dans son œuvre un parti pris méthodologique et épistémologique : l’importance fondamentale de l’interaction pour comprendre le monde social. Selon lui, c’est dans l’interaction que se forment les identités des individus et l’ordre social de la société. Dès lors, il convient, pour expliquer le monde social, d’orienter notre regard de sociologue (en l’occurrence) vers le niveau de la vie sociale qui donnent les éléments pour une telle explication : les relations interindividuelles.

Si vous souhaitez approfondir tout cela, je vous invite comme signalé plus haut à consulter l’article de Bagur et Portocallis paru dans le numéro 2 de la Revue Européenne de Coaching : http://revue-europeenne-coaching.com/numeros/n2-avril-2017/interaction-individu-entre-role-social-identite.

Bibliographie

En tant qu’objets sacrés, les hommes sont sujets aux affronts et aux profanations ; et c’est pourquoi, en tant que joueurs rituels, il leur a fallu se provoquer en duel, et attendre de s’être ratés chacun une fois avant de se donner l’accolade. Cela rappelle la différence que l’on peut faire aux cartes entre la valeur d’une main et l’habileté de celui qui la joue. Il convient de garder cette distinction à l’esprit, même s’il apparaît que, dès lors qu’une personne est réputée jouer bien ou mal, cette réputation peut s’attacher à la face sur laquelle elle devra jouer ensuite.

Goffman, E. (1974 : 31)

Erving Goffman. Les rites d’interaction. Les éditions de minuit. Coll. « Le sens commun ». 1974 (1967)

Les rites d’interaction sort en 1967 aux états-unis, mais il est en fait composé d’essais sortis dans le cours des années 50 et 60. Ces essais sont au nombre de 6, ce sont les chapitres du livre original (en anglais). La traduction française reprend 5 des 6 essais qui constituent les 5 chapitres (il faut suivre, puisque la table des matières n’affiche que 4 chapitres !) de la traduction française : « Perdre la face ou faire bonne figure », « La tenue de la déférence », « L’embarras et l’organisation sociale », « Le détachement » et enfin « Les lieux de l’action ». La question centrale de ce livre est celle de l’ordre social : comment se fait-il que la société fonctionne, et plus spécifiquement quelles sont les règles (il considère surtout les règles implicites ici) qui structurent les interactions entre individus ?

Ce qu’explique l’auteur, c’est que la vie sociale est analogue à une pièce de théâtre, dans laquelle chaque individu est un acteur qui joue le rôle qu’il est censé jouer (cette distribution des rôles se faisant en fonction des appartenances de l’individu en question). En d’autres mots, nous sommes tous censés nous comporter de telle ou telle manière selon le contexte d’action et selon que nous soyons riche, pauvre, homme, femme, blanc, noir, (pour reprendre les trois grandes distinctions qui fondent les théories critiques : classe, genre, ethnie) etc. et un manquement à ce rôle nous fera perdre la face. Or, cette face, ce rôle, est plus ou moins constitutif de notre identité. En d’autres mots, nous mettons constamment en jeu notre identité à travers les rôles que nous sommes amenés à jouer lors de nos interactions, et c’est cette volonté de préserver sa face et de préserver la face des autres qui permet de continuer l’interaction (donc de continuer à vivre en société). Pour reprendre la métaphore théâtrale : chacun poursuit les mêmes buts : rester dans son rôle et faire en sorte que l’autre acteur reste dans son rôle, afin que nous puissions tous continuer à jouer la pièce.

Erving Goffman. Les Cadres de l’expérience. Les éditions de minuit. Coll. « Le sens commun ». 1974 (1974)

A l’inverse de l’autre livre présenté ici, Les cadres de l’expérience n’est pas composé de plusieurs extraits compilés, c’est un livre à part entière, bien plus volumineux que les autres livres de Goffman d’ailleurs (il fait 600 pages). La notion de cadre provient d’un auteur qui sera familier aux coachs et apprentis coachs parmi les lecteurs : Gregory Bateson. De cet emprunt, voilà ce qu’en disent Jean Nizet et Nathalie Rigaux dans le Repères consacré à Goffman (Nizet, Jean, et Natalie Rigaux. La sociologie de Erving Goffman. La Découverte, 2014, en ligne ici) :

« celui-ci, nous explique-t-il, l’utilise dans un article qui « traite de la distinction entre le sérieux et la plaisanterie et nous invite à considérer l’expérience comme quelque chose de très étonnant, puisque toute activité sérieuse peut servir de modèle à différentes versions non sérieuses de cette même activité ; de sorte qu’il sera impossible, dans certaines circonstances, de distinguer la situation réelle de sa version ludique ». Bateson, précise encore Goffman, « avance [également] l’idée que tout individu peut intentionnellement provoquer une confusion de cadrage chez ses partenaires » [CE, p.  15]. » (Nizet & Rigaux : §3)

Le cadrage constitue en fait le contexte vécu de l’expérience, donc par ailleurs de l’interaction. C’est la définition de la situation, qui est partagée ou non par les différents acteurs. Dans une interaction, on peut donc trouver différents cadrages provenant de différents individus. Ces cadrages sont plus ou moins définis, plus ou moins changeants, etc. On peut par exemple considérer un match de football entre amis : certains n’y verront qu’une activité sociale où l’important est d’être ensembles, d’autres y verront une compétition où l’important est de vaincre l’autre. Nous sommes ici en présence de deux cadrages différents qui expliquent les différences comportementales que nous sommes amenés à observer.

Au cours de l’ouvrage, Goffman s’emploie à spécifier cette notion en distinguant différents types de cadrages. Les deux grandes catégories sont les cadres primaires et les cadres transformés. Les cadres primaires se définissent de la manière suivante : « Est primaire un cadre qui nous permet, dans une situation donnée, d’accorder un sens à tel ou tel de ses aspects, lequel autrement serait dépourvu de signification » (p. 30), et il en existe deux types  : cadres naturels et cadres sociaux (vous suivez toujours ?). Les cadres naturels renvoient à l’action de forces naturelles et de lois de la nature, les cadres sociaux renvoient à des intentions et des actions humaines. En d’autres termes : si je joue aux échecs et que l’autre joueur m’a mis échec et mat, je pousse mon roi, il tombe. Le fait que le roi tombe s’explique par l’action de la gravité terrestre (cadre naturel), le fait que l’autre joueur ai déplacé sa pièce de manière à me mettre échec et mat s’explique par sa volonté de gagner la partie.

Les cadres transformés sont ceux qui renvoient à une autre lecture que la lecture primaire, une lecture, en quelque sorte, secondaire. Ainsi en est-il de deux amis qui jouent à se battre (la bagarre ici est au second degré), ou encore d’un acteur de théâtre qui rompt le quatrième mur pour mettre en abîme son jeu.

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